Encore un petit article de l’Obiblog: vous n’arrivez pas à travailler avec un jouet? Cet article peut vous aider!

Bord du parcours d’agility, un dimanche de pluie.

“-Rooh j’en ai marre, à chaque fois j’ai des dépassements de temps parce que Gollum est trop lent dans le slalom et si il rate une porte, c’est toujours la galère pour le remettre dedans.

-Mais tu lui as appris comment?

-Avec une friandise, tu vois, il suit ma main!

-Ahh ok c’est un gros gourmand c’est ça?

-Ah non, mais avec le jouet, c’est juste pas possible, il saute partout, aboie, et quand il l’a, impossible de remettre la main dessus; j’ai fait ça deux fois et puis j’ai arrêté de jouer avec à l’entraînement.Il est bien plus calme avec la nourriture!”

 

Mon préciieeeuuuxxxxx!

 

Gollum, Gollum

Ah sacré Gollum! Vous savez, ce chien qui ne lâche pas de yeux votre poche si il sait qu’il y a une balle dedans (“ils nous l’ont volé et nous le voulons!”), qui fait des bonds de trois mètres quand vous la sortez, même pour la prêter à un camarade agilitiste (“stupide hobbit joufflu!”), et qui, une fois obtenu son “précieux”, se carapatera aussi loin que lui permet la clôture du terrain pour se faire une fête de tous les diables! (Si vous ne comprenez les expressions entre guillemets, courrez vite voir le Seigneur des Anneaux et revenez-vite fait! Enfin, après les 12h de film, parce qu’il est moralement interdit de regarder la version courte)

Après plusieurs heures d’élaboration de leurres, de pièges et de battues en tout genre, vous arrivez enfin à saisir Gollum par le bout d’une oreille pour repartir piteux à votre voiture sous les regards amusés mais néanmoins compatissants de vos camarades d’entrainement.

Plus jamais, non plus jamais!

Moi j’adore les Gollums! Ces chiens qui se tueraient pour un jouet, qui sont pleins d’une joie, d’un enthousiasme plus que débordants, des chiens qui ont envie de s’éclater quoi! Mais trop souvent les Gollums finissent pleins de frustration, de dépit et finalement de désintérêt pour l’activité proposée. Vous ne leur donnez plus accès au jouet puisque la situation vous échappe systématiquement. Alors ils dépérissent. Ou trouvent mieux ailleurs.

La joie du Gollum c’est un cadeau, un vrai. Mais comme toute chose très puissante, il faut savoir la contrôler. Comme le disait si bien Tonton Parker: “Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités” (oui vraiment j’ai des références culturelles de geek. Mais on vit très bien avec ce handicap.En tout cas, moi je m’en sors. Enfin je crois.).

Le jeu est une activité comme une autre, qui a besoin, pour ce genre de chien, d’un cadre précis. Et oui, ça peut étonner mais jouer, ça s’apprend! Il faut apprendre au chien que l’important n’est pas le jouet-objet mais l’interaction. Pour ça, deux grandes pistes s’offrent à vous (attention je ne prétends pas faire le tour de la question en un article, c’est le genre de sujet qui me tiennent pendant plusieurs heures de discussions!):

-le chien aime le comportement de poursuite (courir derrière une balle par exemple)

-le chien aime le comportement de tir (tir sur une corde, appelé communément tug. Pas au long rifle)

Il y a des chiens qui aiment les deux mais bien souvent, ils ont une grosse préférence malgré tout.

Le Tug

Le tug est pour moi un outil puissant dans le cadre d’un apprentissage sportif comme l’agility mais aussi pour construire une relation forte avec un chien. Ce jeu a de nombreux avantages:

-il permet une véritable interaction: quand on tugge humain et chien sont engagés dans la même action ensemble. Si l’un des deux arrête de tirer, le jeu s’arrête. Il demande donc une coopération qui pose les bases d’une relation de jeu/travail très forte.

-il permet de construire de la valeur pour l’humain et non pour le jouet. On peut tugger avec globalement n’importe quoi (un jouet, une laisse, une bouteille, un bout de tissu) mais on ne peut tugger qu’avec l’autre. En jouant çà ce jeu dès le plus jeune âge, on construit très vite une grande valeur pour l’humain.

-il permet d’introduire très vite des apprentissages de bases: pas de mordillements, manipulations pendant le jeu, désensibilisation aux cris (une histoire que je devrais vous raconter à propos d’Obi, idée d’un autre article), aux gestes, et plus techniquement le prend, le donne, le mot de relâchement, le rapport (il faut bien rapporter le jouet pour qu’on puisse tirer dessus ensemble!), le fait de reporter son poids sur son arrière main, la musculation du dos, du cou, des pattes arrières.

-il crée une très forte motivation du chien à venir vers nous ET à s’éloigner: pour tugger le chien doit venir, mais un tug ça se lance (chose que je reproche un peu à la balle, c’est qu’elle renforce de façon systématique le chien dans un mouvement d’éloignement de celui qui lance)

-il peut permettre chez un chiot un peu effacé de lui donner de la confiance en lui et en l’humain, à condition que l’apprentissage se fasse sans brusquerie.

Tous ces apprentissages peuvent se faire dès le plus jeune âge, en respectant le physique du chien. Par exemple, placer le tug en bas, près du sol, évite les impacts dans le cou et permet de faire travailler le dos. Un chien qui tugge la tête en haut pourra plus facilement se blesser. Voir le Déclic de la semaine sur le tug!

Alors au lieu de mettre un chiot de 4 mois sur une passerelle, pourquoi ne pas commencer par le commencement?

Voir sur le long terme

Mettons que je veuille travailler en méthodes positives (bah oui ça arrive quand même de plus en plus!). Il me faut donc des renforcements certes mais des renforcements qui ont de la valeur pour le chien. Or, si un renforcement a énormément de valeur pour un chien donné ça n’est pas forcément le cas pour cet autre chien. Ça, ça parait concevable. Mais il faut également se rappeler que ce renforcement n’a de valeur que dans certaines conditions. Si mon chien vient de se boulotter 3 kilos de viande de boeuf, il y a peu de chance qu’il veuille ma super croquette Royal Canin Educ qui rend le chien intelligent (je vous laisse apprécier l’ironie de mes propos). La même juste avant l’heure du repas prendra des allures de tartines de foie gras! Mais les chiens ont aussi la plupart du temps un super renforcement, celui qu’ils voudront toujours et encore et malgré tout ce qu’il pourra se passer autour. Si ce super renforcement c’est le jeu, et que je ne peux pas l’utiliser parce que Gollum est ingérable avec un jouet, je perds une possibilité de renforcement terrible. Du coup, Gollum apprend moins vite, est moins motivé et fait un slalom en mode limace narcoleptique.

Là où, pour certains chiens, il faut créer l’envie, la joie, la motivation jusqu’à épuisement de l’humain(appelons notre chien-exemple Sylvebarbe), le Gollum est fasciné par le jeu, le jouet, l’action le mouvement. Il aime ça, ça le dépasse, ça le transcende. C’est un avantage non négligeable. Pour avoir eu un Sylvebarbe et un Gollum,  mon coeur ne balance pas; le Sylvebarbe vous tuera d’épuisement avant que vous ne tuiez le Gollum d’exaspération.

Et quand même votre chien ne serait pas un Gollum. Mettons qu’il soit un Frodon, il aime beaucoup le jeu mais si vous l’en privez, il s’en remet bien quand même. Vous vous limitez donc à des récompenses alimentaires. Et bien encore une fois, vous ratez un bon morceau d’apprentissage possible! Pourquoi? La nourriture et le jeu font appel à deux processus différents chez le chien: le jeu reprend des phases de prédation actives: poursuite, saisie en gueule, déchirage. La nourriture ne prend compte que la phase de consommation. Là où le jeu appelle mouvement, excitation, concentration, la nourriture appelle calme, détente: on ne mange pas en courant dans tous les sens. Ou alors on se tache et c’est pas génial quand on mange en société. Rien de mieux pour désensibiliser un chien que la nourriture: son effet apaisant fait diminuer le stress de façon non négligeable. La façon même de donner l’un ou l’autre est très différente. Pour donner la nourriture à un chien il faut qu’il soit statique, même pour l’attraper au vol. Tandis que je peux très bien lancer le jouet à un chien pendant le mouvement, augmentant ainsi la valeur de comportement. Donc si je résume: jeu = action / nourriture = calme. Si je récompense un comportement d’action (au hasard un slalom) par de la nourriture, je crée une situation propice à avoir un slalom assez mou. Par contre récompenser une position statique (un 2on/2off par exemple) par de la nourriture sera bien plus profitable!

Apprendre à jouer à son chien devrait être le premier apprentissage. Pas simplement parce que ça facilite la vie ensuite si on fait de l’agility, pas juste pour avoir un chien rapide et efficace, encore moins pour éviter d’être ridicule sur le terrain d’entraînement. Mais juste parce c’est l’éclate!

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Jouons, toujours, encore et puis encore!

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Le déclic de la semaine prochaine:

C’est quoi un chien acteur de son apprentissage?